Le 14 avril 2026, dans une salle de l’Hôtel Drouot encore traversée par le bruit sourd des chariots et l’éclat des vitrines, une console de Diego Giacometti retenait les regards. Son plateau de verre, posé sur un bronze à patine verte, faisait apparaître sous la lumière des feuillages, des chiens et un cheval : un mobilier pensé pour une demeure habitée, non pour une réserve de musée.
En bref
- Du 30 mai au 4 juin 2026, l’Hôtel Drouot à Paris présente une exposition gratuite avant une vente organisée le 5 juin.
- La collection inédite rassemble cinquante lots d’art moderne conservés pendant plusieurs décennies par une famille française.
- Huit meubles-sculptures de Diego Giacometti constituent le noyau le plus singulier de l’ensemble.
- Deux gouaches de Joan Miró, six céramiques de Pablo Picasso, une sculpture de Miró et des œuvres de Jean-Paul Riopelle, Richard Serra, Balthus ou Auguste Herbin complètent l’accrochage.
- L’exposition offre surtout l’occasion d’observer des œuvres longtemps restées dans un cadre domestique, avec des provenances documentées par Drouot Estimations.
Exposition gratuite à Drouot : une collection française révélée à Paris
La scène racontée par Philippe Ancelin, directeur de Drouot Estimations et commissaire-priseur, donne sa mesure à cette vente. Venu initialement inventorier des céramiques de Pablo Picasso à la demande des petits-enfants des collectionneurs, il avait aperçu, dans un appartement moderne, une console de Diego Giacometti installée parmi les vêtements et les chaussures d’enfants. Le contraste était moins anecdotique qu’il n’y paraît : l’œuvre n’avait pas été soustraite à la vie familiale, elle y avait trouvé sa place.
Cinquante œuvres seront ainsi montrées gratuitement à l’Hôtel Drouot, du 30 mai au 4 juin, avant leur dispersion le vendredi 5 juin 2026. La vente porte le titre sobre de Une collection française…, avec ces points de suspension qui conviennent à une histoire de transmission demeurée longtemps discrète. Les héritiers ont confié l’ensemble à Drouot Estimations après avoir conservé les choix formés par leurs grands-parents entre les années 1970 et les années 2000.
Nicolas Couvrand, commissaire-priseur, parlait le 14 avril d’une « totale redécouverte ». La formule mérite d’être entendue avec précision. Il ne s’agit pas de prétendre qu’un artiste tel que Giacometti, Miró ou Picasso serait méconnu, mais de constater que ces exemplaires précis, pour beaucoup, n’avaient pas reparu sur le marché depuis leur acquisition. Leur histoire récente n’était donc pas celle des foires, des reventes rapides ou des catalogues à répétition.
Cette permanence domestique donne une cohérence singulière au choix. Les collectionneurs n’avaient pas constitué une démonstration scolaire de l’art moderne ; ils avaient choisi des objets et des images capables de vivre dans un salon, près d’un canapé ou au milieu d’une circulation quotidienne. La maquette de l’Arc de la Fondation Maeght par Joan Miró, fondue en bronze vers 1981-1982, se trouvait ainsi au pied d’un canapé. Cette proximité change l’attention portée à la sculpture : elle n’était pas isolée sur un socle, mais accompagnait une pièce et ses usages.
Le cas rejoint une histoire plus large de la collection privée française. Après 1945, Paris demeurait un lieu décisif de diffusion pour les œuvres du XXe siècle, grâce aux galeries, aux marchands et aux liens personnels entre artistes et amateurs. Les achats à la galerie Lelong, les passages antérieurs par la galerie Pierre Matisse de New York, puis les commandes directes à l’atelier de Diego Giacometti dessinent une géographie concrète, plus éloquente qu’une simple liste de signatures.
Cette vente intervient aussi dans un Paris où l’art du XXe siècle circule entre institutions, galeries et salles des ventes. Les lecteurs intéressés par les continuités entre marché, expositions et grandes manifestations peuvent prolonger cette observation avec l’histoire de la FIAC et de son inscription dans le paysage parisien. Drouot, fondé au XIXe siècle et installé rue Drouot depuis 1852, reste quant à lui un lieu de confrontation directe avec les objets : la patine, le revers d’une céramique, la densité d’un trait de gouache s’y vérifient mieux que sur un écran.
La gratuité de l’exposition compte donc comme un fait pratique, mais aussi comme une forme d’accès. Entre le samedi 30 mai et le jeudi 4 juin, l’Hôtel Drouot donnera à voir un ensemble dont le prix d’adjudication reste encore ouvert. Le premier enseignement de cette présentation tient là : avant d’être des lots, ces œuvres furent des présences familières dans un appartement parisien.
Diego Giacometti à Drouot : le bronze, le bestiaire et le mobilier habité
Diego Giacometti, né en 1902 à Borgonovo et mort à Paris en 1985, fut longtemps présenté comme « l’autre paire de mains » de son frère Alberto. La formule décrit une collaboration réelle, mais elle tend à réduire une œuvre qui avait pris une pleine autonomie, surtout après la mort d’Alberto Giacometti en 1966. Le mobilier de Diego n’est pas une annexe décorative : il constitue un langage sculptural propre, fait de bronzes, de végétaux, d’animaux et de silhouettes.
Jean Leymarie employait l’expression d’« artisan-poète » pour caractériser cet univers. Dans Diego Giacometti (Hermann, 1986), l’historien de l’art insistait sur la liberté avec laquelle l’artiste faisait dialoguer les sources anciennes et l’observation du vivant. Les références hittites, grecques, étrusques ou gallo-romaines ne sont pas des citations archéologiques ; elles nourrissent des formes minces, presque graphiques, où le bronze semble garder le geste de la main.
La table Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles, créée en 1980
Parmi les pièces attendues, la table Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles, modèle créé en 1980, réunit plusieurs motifs chers à Diego Giacometti. Une épaisse dalle de verre carrée repose sur une armature de bronze à patine verte, haute de 70,3 centimètres. Sous le plateau, le feuillage accueille des grenouilles, tandis que deux oiseaux s’avancent vers une coupelle.
L’estimation annoncée, de 400 000 à 600 000 euros, reflète à la fois la rareté du modèle et la complexité de son dessin. Pourtant, l’œuvre ne demande pas seulement une lecture financière. Le verre laisse passer la lumière et permet de voir la sculpture depuis le dessus ; le meuble déplace ainsi le regard, car ce qui aurait pu n’être qu’un piètement devient le sujet principal.
Diego Giacometti plaçait souvent les animaux dans une position ambivalente. Ils ne servent pas d’ornement ajouté après coup : ils règlent l’équilibre de la composition, installent une narration discrète et donnent au mobilier une échelle presque théâtrale. Chez lui, une grenouille, un cerf, une tortue ou un chien ne renvoie pas à une ménagerie savante, mais à un monde observé dans les cours d’atelier et les jardins.
La Promenade des amis et la mesure du marché
La console La Promenade des amis, modèle créé en 1976, constitue le lot phare de l’ensemble. Sous son plateau rectangulaire de verre, un cheval et trois chiens évoluent autour d’un arbre. Drouot Estimations la propose entre 2 et 2,5 millions d’euros, estimation qu’il faut rapprocher avec prudence d’une version adjugée 9,5 millions d’euros chez Christie’s en 2024.
Cette comparaison ne transforme pas les ventes aux enchères en course de chiffres. Elle rappelle simplement que chaque fonte, chaque état de conservation, chaque provenance et chaque variante de modèle influent sur un résultat. Ici, le fait que les collectionneurs aient connu Diego Giacometti, fréquenté son atelier et commandé plusieurs pièces apporte une documentation précieuse. Romain Coulet, expert, a souligné la relation d’amitié et de confiance qui les liait à l’artiste.
| Œuvre de Diego Giacometti | Date du modèle | Caractéristique | Estimation annoncée |
|---|---|---|---|
| Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles | 1980 | Table en bronze à patine verte et plateau de verre | 400 000 à 600 000 euros |
| La Promenade des amis | 1976 | Console avec cheval, chiens et arbre | 2 à 2,5 millions d’euros |
| Au Hibou, seconde version | 1980 | Lampe ornée d’un rapace près d’une coupelle | 100 000 à 150 000 euros |
| Chat maître d’hôtel, seconde version | 1967 | Bronze vert au plateau creux | 120 000 à 150 000 euros |
La lampe Au Hibou, seconde version d’un modèle de 1980, montre un rapace posé près d’une coupelle. Estimée entre 100 000 et 150 000 euros, elle est annoncée comme la première apparition de ce modèle aux enchères depuis six ans. Son format rappelle une évidence parfois négligée : Diego Giacometti pensait la lumière comme un élément de sculpture, et non comme une simple fonction attachée à un objet précieux.
La série trouve son contrepoint le plus drôle dans le Chat maître d’hôtel, créé en 1967. Adrien Maeght rapportait, lors de l’exposition Les Giacometti, une famille de créateurs à la Fondation Maeght en 2021, qu’Alberto avait placé le chat portant son plateau dans une cage à canaris ; les oiseaux y déposaient leurs fientes, renversant avec une ironie tendre la relation entre chasseur et proie. À Drouot, le plateau creux de la seconde version conserve cette mémoire d’usage et de jeu.
Ces bronzes montrent pourquoi le mot « meuble-sculpture » est plus juste qu’une étiquette de mobilier d’art. Une table de Diego Giacometti conserve sa fonction, mais elle n’obéit jamais seulement à elle. La ligne de bronze, patinée de vert ou de brun, organise dans la pièce une présence animale qui ne s’épuise pas au premier regard.
Miró et Picasso : la peinture, la gouache et la céramique dans une même demeure
Joan Miró occupe dans cette collection un espace plus intime, mais décisif. Deux gouaches, acquises à la galerie Lelong après avoir été présentées par la galerie Pierre Matisse à New York, documentent un moment charnière de son œuvre. Leur parcours commercial est connu, et cette provenance successive permet de restituer la circulation transatlantique de l’art moderne avant leur entrée dans une collection française.
La toilette de Violette, datée du 18 juillet 1938, est estimée entre 250 000 et 350 000 euros. Le titre conserve une part figurative, mais la composition s’éloigne déjà d’une description ordinaire du corps ou de l’intérieur. Formes, signes et couleurs organisent un espace où le récit se dissout sans disparaître entièrement. En 1938, l’Europe vivait une période de tension politique extrême ; Miró y répondait par une invention plastique qui refusait le réalisme convenu.
Sans titre, de juin 1937, est annoncé entre 200 000 et 300 000 euros. Son vocabulaire réduit — signes noirs, espaces colorés, points, lignes et formes flottantes — annonce certains principes des Constellations, série commencée en 1940. Il serait abusif de faire de cette gouache une esquisse directe de chaque œuvre ultérieure ; elle révèle plutôt une recherche déjà engagée vers un alphabet personnel, immédiatement reconnaissable.
La présence de la Maquette de l’Arc de la Fondation Maeght, modèle de 1962, étend ce regard sur Miró vers la troisième dimension. Cette épreuve d’artiste, en bronze à patine verte et fondue vers 1981-1982, transpose à petite échelle un projet lié à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence. Posée dans le salon des collectionneurs, elle assurait un passage silencieux entre l’œuvre murale et l’objet sculpté.
Picasso céramiste : des objets d’usage devenus œuvres
Les six céramiques de Pablo Picasso introduisent un autre rapport à la matière. Après 1946, à Vallauris, Picasso avait collaboré avec l’atelier Madoura de Suzanne et Georges Ramié. Cette aventure avait donné naissance à des plats, pichets, vases et plaques où les figures de taureaux, de visages ou d’oiseaux se prêtaient à la terre cuite, à l’engobe et à l’émail.
Une céramique de Picasso exige une observation attentive de ses marques, de sa numérotation et de ses techniques. L’engobe est une terre liquide colorée appliquée avant cuisson ; il permet au dessin de rester lié à la surface plutôt que posé sur elle comme une peinture autonome. Dans le contexte d’une collection familiale, ces objets rappellent que Picasso ne séparait pas rigoureusement les prétendus arts majeurs des arts appliqués.
Cette liberté de circulation entre peinture, gravure, sculpture et céramique a longtemps nourri l’histoire critique de Picasso. Dans Picasso, créateur : la vie intime et l’œuvre (Flammarion, 2007), John Richardson montre combien les périodes et les techniques de l’artiste communiquaient entre elles, sans suivre une hiérarchie stable. À Drouot, les céramiques ne joueront donc pas le rôle d’accessoires autour des grands noms : elles rendront sensible une pratique quotidienne de la forme.
Le dialogue entre Miró et Picasso n’a rien d’artificiel. Tous deux avaient accordé à la ligne, à la figure réduite et à l’objet un pouvoir d’invention qui échappait à la stricte représentation. Toutefois, Miró tendait vers le signe et le cosmos personnel, tandis que Picasso réinventait sans cesse le visage, l’animal ou le vase à partir d’une matière résistante. L’accrochage de Drouot permet de saisir cette différence à une échelle humaine, sans la médiation d’une salle monumentale.
Pour replacer ces œuvres dans l’histoire concrète de la création sur papier, l’exposition du Salon du dessin 2026 au palais Brongniart offre un utile contrepoint parisien. La gouache de Miró et le dessin de Richard Serra, présentés ici dans un contexte de vente, rappellent que le papier n’est pas une étape secondaire : il est souvent le lieu où une pensée plastique se formule avec le plus de netteté.
Dans l’appartement des collectionneurs, les gouaches de Miró, les céramiques de Picasso et le bronze de la Fondation Maeght ne formaient pas un panthéon. Ils construisaient une familiarité faite de surfaces, de reflets et de matières. Cette continuité domestique est peut-être la clé la plus juste pour regarder l’ensemble.
Riopelle, Serra, Balthus : les écarts assumés de l’art moderne à Drouot
La force de cette collection inédite tient aussi à ses écarts. Elle ne s’enferme ni dans le surréalisme, ni dans le mobilier d’artiste, ni dans une définition étroite de l’École de Paris. Jean-Paul Riopelle, Richard Serra, Balthus et Auguste Herbin y introduisent des tempéraments et des générations qui, sur le papier, semblent éloignés.
Jean-Paul Riopelle, né à Montréal en 1923 et mort à L’Isle-aux-Grues en 2002, est représenté par une peinture au couteau estimée entre 150 000 et 200 000 euros. Le couteau, ici, ne désigne pas une virtuosité décorative : il permet de déposer des couches épaisses, de tirer la matière et de construire une surface qui accroche la lumière. Riopelle avait participé à l’aventure de l’abstraction lyrique, mais son geste gardait une densité presque minérale.
Dans une salle d’exposition, la peinture de Riopelle devrait agir comme une respiration plus ample entre les formats retenus de Miró et les bronzes de Giacometti. Les tableaux de l’artiste canadien demandent du recul. À quelques pas, la matière paraît compacte ; à distance, elle s’ouvre en vibrations, en nappes de couleur, parfois en évocations de paysage sans jamais devenir une vue descriptive.
Richard Serra, né en 1938 et mort en 2024, apparaît avec un dessin daté de 2006, estimé entre 150 000 et 200 000 euros. Le nom de Serra évoque d’abord les immenses ouvrages d’acier Cor-Ten, ces plaques oxydées dont la courbe change la marche du visiteur. Son travail sur papier, souvent réalisé au pigment noir dense, possède pourtant une autonomie entière : il ne prépare pas seulement la sculpture, il interroge le poids, la gravité et la limite de la surface.
Le dessin de 2006 fait entrer dans la collection une œuvre qui n’est ni figurative ni décorative au sens usuel. Il rappelle que le goût des collectionneurs ne se limitait pas au charme du motif animalier ou à la couleur méditerranéenne. Entre un bronze de Miró et un papier de Serra, le contraste pouvait sembler abrupt ; il traduisait probablement une curiosité ouverte aux formes les plus diverses du XXe siècle.
Une collection domestique plutôt qu’un catalogue d’école
Balthus et Auguste Herbin approfondissent encore cette pluralité. Balthus, né Balthasar Klossowski de Rola en 1908 et mort en 2001, demeurait attaché à une peinture figurative lente, construite et énigmatique, à rebours des récits simplistes sur le progrès linéaire des avant-gardes. Auguste Herbin, né en 1882 et mort en 1960, avait au contraire mené l’abstraction géométrique vers une rigueur chromatique et formelle très élaborée.
Le rapprochement de ces noms ne prétend pas résoudre leurs divergences. Il fait apparaître la liberté d’un couple qui achetait sans suivre un programme de musée. Les œuvres sont de « format domestique », selon la formule employée lors de la présentation : elles pouvaient tenir dans un appartement, accompagner des meubles, répondre à une lumière de fenêtre plutôt qu’à la neutralité calculée d’une cimaise.
Cette dimension place Drouot dans une fonction particulière. Une salle des ventes ne remplace pas un musée, et elle ne cherche pas à le faire. Elle rassemble, pendant quelques jours, des objets soumis à une expertise, à une condition report et à un catalogue, avant de les rendre à une nouvelle circulation. L’exposition préalable permet de regarder l’œuvre avant son prix, ce qui demeure une discipline salutaire.
Le marché parisien de 2026 est suffisamment international pour que les œuvres passent vite d’une ville à l’autre. Nicolas Couvrand a insisté sur le fait que cette dispersion démontrait la capacité de Drouot à accueillir des collections françaises de premier rang. L’enjeu ne se réduit pas à la compétition avec Londres ou New York : il concerne aussi la conservation, à Paris, d’un espace où l’expertise et la visite publique se rencontrent encore.
La sélection pourrait ainsi se lire comme un portrait indirect des collectionneurs. Ils n’ont laissé ni manifeste esthétique ni salle de musée portant leur nom. Ils ont laissé des œuvres choisies, des commandes, des traces de galerie et une manière de faire cohabiter, dans la même demeure, la peinture épaisse de Riopelle et le bronze nerveux de Diego Giacometti.
Préparer la visite de la vente d’art moderne à l’Hôtel Drouot
Le calendrier est net : l’exposition gratuite se tient à l’Hôtel Drouot, à Paris, du 30 mai au 4 juin 2026, et la vente intervient le 5 juin. Ces quelques jours précédant les enchères ont leur rythme propre. Le matin, les vitrines et les plateaux de verre retiennent une lumière plus franche ; l’après-midi, les visiteurs se succèdent devant les cartels et les spécialistes répondent aux demandes d’examen.
Regarder une œuvre dans une exposition de vente demande une attention légèrement différente de celle d’un musée. Le cartel indique généralement l’auteur, le titre, la date, la technique, les dimensions, la provenance et l’estimation. Le catalogue, lorsqu’il est disponible, complète ces informations par des comparaisons, un historique et parfois une bibliographie. Il ne faut pas négliger les dimensions : une gouache de Miró ou un dessin de Serra produit un effet très différent selon que l’on perçoit réellement son échelle.
- Commencer par les huit pièces de Diego Giacometti afin d’observer la diversité des patines, des plateaux et du bestiaire.
- Comparer les deux gouaches de Miró en examinant leurs dates rapprochées, juin 1937 et juillet 1938, mais leurs constructions distinctes.
- Regarder les céramiques de Picasso de près, notamment les signatures, les reliefs et la réaction des émaux à la lumière.
- Prendre du recul devant Riopelle pour mesurer le rôle de la matière et du geste dans la peinture au couteau.
- Consulter le catalogue de vente pour retrouver les provenances et les références précises de chaque lot.
La provenance est un mot parfois employé de manière abstraite. Dans le cas présent, elle est l’un des fils les plus concrets de la visite. Les deux Miró ont transité par la galerie Pierre Matisse à New York, puis par la galerie Lelong à Paris. Les meubles de Diego Giacometti avaient été commandés directement par les collectionneurs, qui entretenaient des liens suivis avec son atelier. Ces informations ne garantissent pas seulement l’origine d’un objet : elles restituent son parcours humain.
Le visiteur attentif pourra aussi comparer le statut des œuvres. Une console de 1976, une gouache de 1937, une céramique de Vallauris et un dessin de 2006 ne portent pas les mêmes usages ni les mêmes fragilités. Le bronze supporte une approche visuelle oblique qui fait jouer sa patine ; le papier exige une lumière plus retenue ; la céramique révèle sa fabrication dans les irrégularités de l’émail et la ligne parfois rapide du décor.
Cette exposition s’inscrit dans un Paris où les formes d’art contemporain et moderne continuent de se répondre. Les lecteurs qui souhaitent déplacer ce regard vers les pratiques urbaines peuvent consulter un parcours consacré au street art à Paris en 2026. Le contraste est fécond : d’un côté, des œuvres transmises dans une famille et examinées avant vente ; de l’autre, des créations pensées pour la rue, soumises au temps, au passage et parfois à l’effacement.
Le 5 juin, les enchères transformeront inévitablement la configuration de l’ensemble. Les lots rejoindront peut-être plusieurs collections, en France ou hors de France. Avant cette dispersion, l’exposition offre un temps plus calme : celui où la table aux oiseaux et aux grenouilles, le chat portant son plateau, la gouache de Miró et les céramiques de Picasso restent encore réunis sous les verrières et les lumières de Drouot.
Quand voir l’exposition gratuite de la collection d’art moderne à Drouot ?
Les cinquante lots sont visibles à l’Hôtel Drouot, à Paris, du 30 mai au 4 juin 2026, avant la vente du 5 juin 2026.
L’entrée à l’exposition de Drouot est-elle payante ?
Non. La présentation précédant cette vente est une exposition gratuite, accessible avant la dispersion des œuvres.
Quelles œuvres de Diego Giacometti sont particulièrement attendues ?
La console La Promenade des amis, estimée entre 2 et 2,5 millions d’euros, la table Feuilles aux oiseaux et aux grenouilles, la lampe Au Hibou et le Chat maître d’hôtel comptent parmi les lots marquants.
Quels artistes figurent dans cette collection inédite ?
La vente comprend notamment des œuvres de Diego Giacometti, Joan Miró, Pablo Picasso, Jean-Paul Riopelle, Richard Serra, Balthus et Auguste Herbin.