Prix Pritzker 2025 : Liu Jiakun, l’architecte chinois honoré du prestigieux « Nobel » de l’architecture

Cet article a été généré par intelligence artificielle et publié sans révision humaine approfondie.

En bref

  • Le Prix Pritzker 2025 a distingué Liu Jiakun, né à Chengdu en 1956, pour une œuvre principalement bâtie dans le Sichuan.
  • Cette récompense internationale, souvent appelée le « Nobel de l’architecture », salue une pratique attentive aux matériaux locaux, aux usages ordinaires et aux mémoires blessées.
  • Du mémorial Hu Huishan aux briques issues des gravats du séisme de 2008, l’architecte chinois a fait de la contrainte une matière de projet.
  • Son œuvre confirme l’intérêt croissant du jury pour une architecture moins démonstrative, où le design sert d’abord le territoire et ses habitants.

Prix Pritzker 2025 : Liu Jiakun distingué depuis Chengdu

Le béton gris du West Village, à Chengdu, n’avait rien d’un monument isolé. Sous les longues rampes couvertes de végétation, des cyclistes circulaient, des enfants traversaient les pelouses et les façades retenaient une lumière humide, familière du Sichuan. C’est depuis cette ville de Chine occidentale, loin des capitales où s’expose ordinairement l’architecture mondiale, que Liu Jiakun a construit l’essentiel de son œuvre.

Le 4 mars 2025, la Hyatt Foundation annonçait que cet architecte chinois devenait le lauréat du Prix Pritzker. Créée en 1979 par Jay A. Pritzker et Cindy Pritzker, cette distinction honore chaque année un architecte vivant pour l’ensemble de son parcours. Elle remet une médaille de bronze et une dotation financière, mais son poids symbolique dépasse largement cette attribution matérielle : elle consacre une pensée du bâti capable de modifier durablement le regard porté sur la discipline.

Le terme de « Nobel de l’architecture » est commode, même s’il demeure une comparaison journalistique plutôt qu’une appellation officielle. Il dit toutefois la portée du prix : Frank Gehry, Tadao Ando, Zaha Hadid, Jean Nouvel, Balkrishna Doshi, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, ou encore Riken Yamamoto en 2024 figurent parmi les précédents lauréats. Liu Jiakun est le 54e récipiendaire distingué par le Pritzker et le second architecte chinois après Wang Shu, honoré en 2012.

Cette reconnaissance ne répond pas à une carrière conduite depuis les grands concours internationaux. Liu Jiakun a peu construit hors de Chine et a choisi de demeurer lié à Chengdu, métropole de la province du Sichuan. Son agence, Jiakun Architects, fondée en 1999, a conçu des musées, des ateliers, des maisons, des équipements collectifs et des ouvrages urbains. Le jury a relevé une « stratégie qui s’appuie sur les réalités du présent », formule qui mérite d’être prise au sérieux : chez lui, le site n’est jamais un fond neutre sur lequel déposer une forme.

La reconnaissance de 2025 éclaire ainsi une œuvre demeurée relativement discrète en Europe. Elle ne la transforme pas en manifeste figé. Elle permet plutôt d’arpenter des réalisations où la brique, le béton, les plantes locales, la topographie et les gestes quotidiens constituent le vocabulaire d’un même projet. Cette sobriété n’exclut ni l’invention ni la poésie ; elle leur impose une règle de voisinage avec le réel.

Liu Jiakun résumait lui-même cette ambition dans une déclaration reprise par la Fondation Pritzker : « L’architecture doit être un révélateur, c’est-à-dire être en mesure de capter puis d’exprimer l’essence d’un lieu et des personnes qui y habitent. » La phrase refuse l’ouvrage-autographe, celui qui ne parlerait que de son auteur. Elle pose une question plus féconde : comment une bâtisse peut-elle traduire une communauté sans la réduire à un décor ?

Dans la chronologie des lauréats, son élection ne constitue donc pas un simple élargissement géographique. Elle rend visible une autre échelle de l’innovation architecturale, moins attachée au geste spectaculaire qu’à la capacité de faire tenir ensemble une mémoire, un budget, des matériaux disponibles et des pratiques d’usage. Le Pritzker 2025 met Chengdu au centre d’une conversation mondiale, sans demander à la ville de ressembler à ailleurs.

Batiment contemporain en beton et verre avec volumes geometriques
Illustration générée par intelligence artificielle.

Liu Jiakun, architecte chinois : une vocation née hors des certitudes

Liu Jiakun naquit en 1956 à Chengdu, dans une Chine alors profondément marquée par les bouleversements politiques et sociaux de la seconde moitié du XXe siècle. Son chemin vers l’architecture ne suivit pas la ligne droite que les biographies de grands créateurs affectionnent volontiers. Lors d’un séjour de rééducation, un professeur l’orienta vers cette discipline. Cette rencontre, modeste dans son origine, détermina pourtant une formation puis un métier.

Dans les années 1980, après ses études à l’Institut d’architecture et d’ingénierie de Chongqing, Liu Jiakun entra dans une agence d’État. Le cadre professionnel, alors très normé, ne suffisait pas à nourrir son désir de création. La littérature et la poésie occupaient une place décisive dans son existence. Avant d’être reconnu comme concepteur, il fut aussi écrivain : cette pratique explique peut-être l’attention qu’il porte aux récits enfouis dans les lieux, aux fragments, aux vies ordinaires qui ne figurent pas dans les monographies officielles.

1993 fut l’année d’un déplacement intérieur. Une exposition lui fit comprendre que l’architecture pouvait être autre chose qu’un exercice administratif ou technique : elle pouvait formuler une vision personnelle, sans pour autant se couper de la collectivité. Il quitta alors progressivement la réserve où l’avait maintenu son premier emploi. Cette conversion tardive donne à son parcours une tonalité particulière. Elle ne procède pas d’une volonté de conquête, mais d’une lente autorisation à œuvrer autrement.

1999 : Jiakun Architects et les premiers ateliers d’artistes

En 1999, Liu Jiakun fonda Jiakun Architects à Chengdu. Son premier projet qu’il considéra pleinement comme sien fut un ensemble d’ateliers pour artistes. Le choix est révélateur. Plutôt que de commencer par une tour de bureaux ou par une commande institutionnelle de grande échelle, il s’intéressa à des espaces de travail, c’est-à-dire à des lieux où la création doit composer avec la lumière, le rangement, le retrait et la circulation.

Cette attention aux conditions concrètes de la vie quotidienne traverse toute son œuvre. Dans l’architecture de Liu Jiakun, un seuil, un banc, une coursive ou une rampe ne sont pas des détails secondaires. Ils organisent la rencontre, ménagent une pause, permettent la coexistence de plusieurs temporalités. Le design se mesure alors moins à l’effet produit sur une photographie qu’à la manière dont un ouvrage est habité après l’inauguration.

Le critique américain Barry Bergdoll, membre du jury du Pritzker, a souligné à plusieurs reprises l’importance des conditions locales dans les choix contemporains de la récompense. La nomination de Liu Jiakun s’inscrit dans cette attention. La Fondation Pritzker insistait en 2025 sur sa capacité à « célébrer la vie des citoyens ordinaires ». L’expression pourrait sembler générale si les réalisations de Chengdu ne permettaient d’en observer les conséquences matérielles : des accès ouverts, des usages mêlés, des volumes qui ne cherchent pas à imposer une distance cérémonielle.

Il faut aussi replacer cette trajectoire dans l’histoire récente de l’architecture chinoise. À partir des années 1990, l’urbanisation rapide a produit des ensembles d’une ampleur considérable, souvent commandités dans des délais serrés. Face à ce mouvement, Liu Jiakun n’a pas choisi l’archéologie nostalgique. Il ne reconstitue pas un passé idéalisé. Il cherche plutôt ce qui, dans une ville en transformation, peut encore préserver l’épaisseur d’un quartier, une manière de circuler ou la présence d’un arbre.

Dans China’s New Urbanization (Routledge, 2016), l’urbaniste John R. Logan rappelle que la croissance urbaine chinoise a reconfiguré à la fois les sols, les mobilités et les relations sociales. Le travail de Liu Jiakun se lit dans cette réalité précise. Ses projets n’offrent pas une réponse universelle ; ils négocient, bâtiment après bâtiment, avec une Chine dense, mobile et traversée par des écarts considérables.

Cette vocation bâtie après un détour par l’écriture conserve une vertu rare : elle laisse aux lieux le droit de ne pas être muets. Chez Liu Jiakun, l’architecture ne recouvre pas le récit d’un territoire ; elle lui donne une forme praticable.

Architecture et mémoire du Sichuan : le séisme de 2008 comme matière

Le 12 mai 2008, un séisme de magnitude 7,9 frappa le Sichuan. Les chiffres établis par les autorités chinoises font état de près de 70 000 morts et de très nombreux disparus. Dans les villes et villages touchés, la poussière des maçonneries effondrées recouvrait les routes, les cours et les objets domestiques. Pour un architecte œuvrant à Chengdu, cette catastrophe ne pouvait rester un événement abstrait inscrit dans une statistique.

Liu Jiakun répondit à cette blessure par des ouvrages de petite et moyenne échelle, où la commémoration ne prenait pas la forme d’un monument autoritaire. Le Hu Huishan Memorial Museum, achevé en 2009, est consacré à Hu Huishan, adolescente de quatorze ans morte lors du séisme. Le musée adopte les proportions d’un refuge plutôt que celles d’un mausolée. Son intérieur rose conserve des souvenirs liés à la jeune fille : des objets, des images, une présence quotidienne interrompue.

Ce choix de l’intime donne sa force au lieu. L’architecture funéraire ou commémorative risque souvent de dissoudre les personnes dans une abstraction héroïque. Ici, le nom de Hu Huishan demeure attaché à une chambre, à une couleur, à la fragilité d’une existence précise. Le visiteur n’est pas placé devant une leçon de mémoire ; il se tient dans un volume qui ménage la possibilité du recueillement.

Les « Rebirth Bricks » : réemployer sans effacer

La même attention se retrouve dans les « Rebirth Bricks », ou briques de renaissance, mises au point après la catastrophe. Liu Jiakun et son agence ont réemployé des gravats issus des destructions pour produire des éléments de maçonnerie. Cette démarche de réemploi ne relevait pas d’un simple argument environnemental. Elle introduisait dans le matériau même une part de l’histoire récente du Sichuan.

En 2013, le musée de Shuijingfang à Chengdu employa ces briques dans ses murs. Elles présentent une texture irrégulière, légèrement granuleuse, qui ne cherche pas à imiter la perfection industrielle. Leur aspect patiné rappelle que les matériaux ont une biographie. Les gravats, voués à devenir un rebut, retrouvent une fonction constructive sans que leur origine soit complètement dissoute.

Cette méthode appelle une précision. Le réemploi n’est pas automatiquement vertueux : il suppose un contrôle de la qualité des agrégats, une formulation adaptée et une vérification de la résistance mécanique. Dans le cas de Liu Jiakun, la recherche sur la brique associe donc une intention mémorielle à une exigence constructive. L’innovation architecturale ne se réduit pas à inventer une silhouette ; elle peut naître d’une technique capable de transformer un déchet en ressource locale.

Le musée de Shuijingfang est par ailleurs lié à une distillerie historique de baijiu, alcool chinois. La commande impliquait de faire cohabiter patrimoine industriel, production et accueil du public. Liu Jiakun n’a pas isolé le musée dans une boîte blanche. Il a travaillé avec la matérialité du site, ses cours, ses murs et la continuité de son activité. L’odeur fermentée des ateliers, la rugosité de la brique et les passages d’un espace à l’autre appartiennent au projet autant que son dessin général.

Cette façon de bâtir rejoint, sous un autre contexte, la notion de « restauration critique » développée par l’historien Cesare Brandi dans Théorie de la restauration (1963). Il ne s’agit pas de rejouer à l’identique ce qui a disparu, ni de masquer les ruptures, mais de rendre l’œuvre à sa lisibilité. Liu Jiakun ne restitue pas les ruines du séisme. Il en conserve une trace matérielle, intégrée à de nouveaux usages.

La portée sociale de ces réalisations mérite d’être soulignée. Après une catastrophe, rebâtir ne consiste pas uniquement à fournir des mètres carrés. Il faut aussi donner aux communautés des repères, des lieux de deuil et des matériaux qui ne traitent pas le passé comme un embarras. Dans cette œuvre, la brique devient un document silencieux, tenu dans la main puis inscrit dans le mur.

Le Pritzker a récompensé cette capacité à faire de l’architecture un instrument de réparation sans en faire un spectacle. Au Sichuan, la mémoire ne flotte pas au-dessus des bâtiments : elle affleure dans l’épaisseur même des maçonneries.

West Village à Chengdu : le design d’un espace commun à grande échelle

À Chengdu, le West Village Basis Yard achevé en 2015 se déploie comme une enceinte ouverte. De loin, l’ensemble évoque une longue barre bâtie, pliée en U autour de trois pelouses sportives. En s’approchant, cette masse cesse d’être un objet fermé : des rampes, des passerelles, des terrasses et des percées la rendent traversable. Les bambous et les plantations locales adoucissent le béton, tandis que les pistes accueillent vélos et marcheurs.

Ce projet compte parmi les réalisations les plus commentées de Liu Jiakun parce qu’il condense sa manière de penser la ville. Chengdu est une métropole de plusieurs millions d’habitants, soumise à une forte densification. La tentation aurait été de séparer les fonctions : logements d’un côté, commerces de l’autre, équipements sportifs dans une parcelle spécialisée. West Village choisit au contraire de les superposer et de les relier.

Les volumes bâtis abritent des commerces, des services et différents programmes, tandis que le toit et les circulations périphériques forment un paysage public en pente. L’ouvrage ne produit pas seulement une façade sur rue. Il met à disposition un parcours. Cette continuité est essentielle : les habitants peuvent y passer sans consommer, s’arrêter sans franchir un seuil surveillé, rejoindre une activité sportive ou simplement couper à travers l’îlot.

Une réponse au quartier plutôt qu’un geste isolé

Le mot « village » employé dans le nom du projet ne doit pas être compris comme une fantaisie décorative. Il désigne une volonté de retrouver, dans une agglomération contemporaine, des situations de voisinage : voir et être vu, suivre une rampe plutôt qu’un couloir fermé, rencontrer des pratiques différentes au même endroit. Liu Jiakun organise une urbanité de proximité, sans nier l’échelle considérable de Chengdu.

La forme en U permet à la fois de cadrer les terrains et de maintenir des ouvertures vers la ville. Les passerelles transversales ne sont pas de simples prouesses graphiques. Elles réduisent les détours, multiplient les points de vue et assurent une circulation plus fluide entre les extrémités de l’ensemble. Dans ce cas précis, le design est une affaire de durée et de déplacement : il se comprend en marchant, sous la pluie légère ou dans la chaleur estivale, et non seulement sur un plan.

Le projet s’inscrit aussi dans une histoire plus large des équipements collectifs. Les architectes modernistes du XXe siècle ont souvent cherché à dégager de vastes espaces libres entre les bâtiments. West Village reprend l’idée d’un espace commun, mais évite de laisser le sol devenir un résidu anonyme. Les terrains de sport, les rampes et les commerces produisent des motifs d’occupation concrète. La végétation ne sert pas de parure ; elle offre de l’ombre, fixe des séquences et maintient un rapport sensible au climat du Sichuan.

La critique d’architecture Francesca Woodman observait, dans la présentation du prix publiée par la Hyatt Foundation, que Liu Jiakun ne sépare pas volontiers l’individuel du collectif. West Village en apporte une démonstration lisible. Un coureur utilise une piste, un voisin traverse le site, une famille s’assoit près d’une pelouse, un commerce reçoit ses clients : tous se partagent une même armature spatiale sans être contraints à la même activité.

Réalisation Date Lieu Principe architectural
Ateliers d’artistes de Jiucun 1999 Chengdu Espaces de création conçus à l’échelle des usages quotidiens
Hu Huishan Memorial Museum 2009 Chengdu Mémorial intime consacré à une victime du séisme du Sichuan
Musée de Shuijingfang 2013 Chengdu Réemploi de gravats dans les « Rebirth Bricks »
West Village Basis Yard 2015 Chengdu Îlot urbain mêlant sport, commerces, végétation et circulations publiques

À l’heure où nombre de quartiers neufs sont évalués par leurs seules surfaces commercialisables, West Village rappelle une évidence parfois négligée : un ensemble urbain vaut aussi par les détours qu’il autorise et par le temps qu’il ne cherche pas à rentabiliser. Les rampes de Chengdu ne conduisent pas seulement quelque part ; elles fabriquent un lieu où demeurer quelques minutes.

Le prestigieux Nobel de l’architecture et le nouveau cap du Pritzker

Depuis sa fondation en 1979, le Prix Pritzker a profondément contribué à définir le panthéon contemporain de l’architecture. La liste de ses lauréats dessine aussi les transformations de la discipline. Les premières décennies ont largement célébré des figures identifiées à une écriture formelle forte : Philip Johnson en 1979, Oscar Niemeyer en 1988, Frank Gehry en 1989, Zaha Hadid en 2004 ou Jean Nouvel en 2008.

Ces choix ne doivent pas être caricaturés. Chacun de ces architectes a déplacé les limites du projet et marqué des villes entières. Mais la période récente manifeste une attention accrue à d’autres critères : la transformation du bâti existant, la responsabilité environnementale, l’habitat collectif, le rapport aux communautés et aux ressources. Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, distingués en 2021, ont notamment fait de la conservation et de l’agrandissement des logements existants une alternative à la démolition.

Riken Yamamoto, lauréat en 2024, avait été honoré pour une architecture qui articule les sphères publique et privée. L’élection de Liu Jiakun en 2025 prolonge ce déplacement. Elle ne signifie pas que le Pritzker abandonne l’ambition plastique ou la recherche constructive. Elle indique que la valeur d’un architecte se mesure également à sa faculté de rendre un territoire plus habitable, plus lisible et plus solidaire.

Un jury attentif aux pratiques situées

Le jury de 2025 était présidé par Alejandro Aravena, lauréat chilien de 2016, connu pour ses travaux sur le logement évolutif et la participation des habitants. Il réunissait aussi, entre autres, l’historien Barry Bergdoll, l’architecte Deborah Berke, l’architecte japonaise Kazuyo Sejima et Hashim Sarkis. Cette diversité de profils éclaire la décision : l’architecture y est considérée simultanément comme art, technique, politique urbaine et expérience vécue.

Dans sa citation officielle, le jury a salué chez Liu Jiakun une œuvre capable de « transcender l’esthétique et la fonctionnalité » pour établir des liens entre « les personnes, les lieux et le temps ». Ces mots pourraient appartenir à une rhétorique de prix. Ils prennent pourtant une densité particulière quand on les rapporte au musée-mémorial de Hu Huishan, aux briques de réemploi de Shuijingfang ou aux rampes habitées de West Village.

La reconnaissance de l’architecte chinois corrige aussi une géographie trop étroite de la notoriété. Pendant plusieurs décennies, la diffusion internationale des œuvres s’est concentrée autour des métropoles européennes, nord-américaines et japonaises. Or l’histoire architecturale des années 2000 et 2010 s’est également écrite à Chengdu, à Ahmedabad, à Ouagadougou ou à Santiago. Le Pritzker demeure une institution occidentale par son origine, mais il a progressivement élargi les territoires à partir desquels une pratique peut être jugée décisive.

Pour situer Liu Jiakun parmi les autres lauréats, la chronologie des lauréats du Prix Pritzker permet de mesurer l’évolution des choix depuis 1979. Elle fait apparaître le passage d’une célébration souvent attachée à l’auteur singulier vers une reconnaissance plus attentive aux processus collectifs. Il ne s’agit pas de remplacer une orthodoxie par une autre, mais de reconnaître que l’architecture n’a jamais été réductible à une image-signature.

En 2026, un an après l’annonce, la portée de cette récompense internationale reste nette. Les écoles, les agences et les commanditaires peuvent y lire un rappel utile : le prestige ne naît pas nécessairement de la démesure. Il peut venir d’une brique réemployée, d’une cour ouverte, d’une rampe plantée ou d’un musée construit à hauteur d’une adolescente disparue.

La médaille de bronze du Pritzker, attribuée à Liu Jiakun en 2025, ne clôt pas une œuvre. Elle attire l’attention sur des murs où les grains des gravats du Sichuan demeurent visibles, pris dans la lumière mate de Chengdu.

Qui est Liu Jiakun, lauréat du Prix Pritzker 2025 ?

Liu Jiakun est un architecte chinois né en 1956 à Chengdu, dans la province du Sichuan. Fondateur de Jiakun Architects en 1999, il a réalisé principalement en Chine des musées, des mémoriaux, des ateliers et des équipements urbains.

Pourquoi le Prix Pritzker est-il appelé le Nobel de l’architecture ?

Le Prix Pritzker est souvent comparé au Nobel en raison de son rayonnement mondial et de son rôle dans la reconnaissance d’une œuvre architecturale complète. Créé en 1979, il est attribué chaque année à un architecte vivant.

Quel projet de Liu Jiakun est lié au séisme du Sichuan de 2008 ?

Le Hu Huishan Memorial Museum, achevé en 2009, rend hommage à une adolescente morte lors du séisme. Liu Jiakun a également développé les Rebirth Bricks, fabriquées à partir de gravats issus de la catastrophe et employées notamment au musée de Shuijingfang.

Qu’est-ce que le West Village à Chengdu ?

Achevé en 2015, West Village Basis Yard est un vaste ensemble urbain à Chengdu. Il associe terrains de sport, commerces, parcours pour piétons et cyclistes, passerelles et végétation locale dans une même composition ouverte sur le quartier.

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