Habibi à l’Institut du Monde Arabe : l’exposition sur les révolutions de l’amour dans le monde arabe

En bref

  • Habibi à l’Institut du Monde Arabe a rassemblé une trentaine d’œuvres sur 750 m², explorant les révolutions du amour et des identités LGBTQIA+ dans le monde arabe.
  • Le commissariat associe Élodie Bouffard, Khalid Abdel‑Hadi et Nada Madjoub — une démarche qui mêle diasporas et artistes originaires d’Iran et d’Afghanistan.
  • Les pratiques présentées — photographie, collage, papier peint, installation vidéo — articulent l’esthétique et le militantisme pour dessiner de nouveaux modèles d’identité.
  • La programmation questionne la place des arts visuels dans l’émancipation des sexualités non hétéronormées et interroge le rôle des institutions patrimoniales dans la visibilité des minorités.
  • Points pratiques : exposition tenue du 27 septembre 2022 au 19 février 2023 à l’IMA — catalogue et soirées « cartes blanches » avec des figures éditoriales contemporaines.

Habibi à l’Institut du Monde Arabe — une scène d’ouverture et l’ancrage concret de l’exposition

Dans le hall de l’Institut du Monde Arabe, une lumière tamisée s’accroche aux murs : l’air a l’odeur froide du papier photographique et celle, plus chaude, du café servi à l’accueil. Une affiche au lettrage sobre annonce « Habibi, les révolutions de l’amour » — le titre accroche déjà par sa double promesse, intime et collective.

La scène d’ouverture se déploie sur une salle où les tirages photographiques rencontrent des papiers peints vernissés et des collages. À la main, on sent la texture du papier ; l’empreinte des doigts sur le cartel indique la finesse des épreuves. C’est par ce détail sensoriel — la rugosité d’une épreuve contemporaine, le reflet d’une vitre — que l’exposition impose son ton : concret, matériel, politique.

Un accrochement volontairement concret

L’exposition se présente comme une première mondiale — ce terme n’est pas anodin — puisqu’elle rassemble des œuvres d’artistes issus du monde arabe et de ses diasporas traitant explicitement des identités LGBTQIA+. Le commissariat, piloté par Élodie Bouffard et associé à Khalid Abdel‑Hadi et Nada Madjoub, a choisi d’inscrire le propos dans une narration visuelle plurielle, qui ne se contente pas d’exposer des œuvres mais de tracer une histoire de luttes et d’émancipation.

La promesse de l’enquête formulée par l’exposition est claire : comment les artistes — qu’ils vivent dans leurs pays d’origine, en exil ou dans la diaspora — renouvellent-ils les formes de représentation des amours et des identités ? C’est une question qui sous-tend chaque salle et chaque cartel, et qui invite à lire les images selon une grille à la fois historique et esthétique.

Insight final — à l’entrée même de l’IMA, l’exposition impose de considérer l’amour comme un champ de bataille culturel et symbolique, où les œuvres deviennent des actes de restitution d’identités effacées.

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Le commissariat et la genèse — qui rassemble et pourquoi

Élodie Bouffard, en tant que commissaire principale, a élaboré un parcours qui articule sensibilité curatoriale et militantisme documentaire. Elle s’est entourée de Khalid Abdel‑Hadi, directeur éditorial de My Kali magazine, et de Nada Madjoub, dont les travaux et réseaux participent à cette mise en visibilité. Cette équipe explique le choix d’une programmation mêlant voix queer, alliées et diasporiques.

Le remarquable de la genèse tient à la convergence de parcours — éditeurs, activistes, artistes — qui ont permis la constitution d’un corpus inédit. Les archives éditoriales de My Kali ont servi de repères, tandis que des ateliers de production (Picto a assisté pour les tirages et finitions) ont assuré la qualité matérielle des présentations. Les mentions de laboratoires techniques — un élément souvent négligé — figurent pourtant dans les cartels et rendent compte d’un soin patrimonial du support.

Portraits de commissaires et responsabilités curatoriales

Khalid Abdel‑Hadi apporte la connaissance des réseaux créatifs de la région, notamment des projets indépendants du Liban et de la diaspora. Nada Madjoub apporte une expertise sur les enjeux de genre dans les sociétés du Maghreb et du Proche‑Orient. Ensemble, la trio de commissaires a choisi d’articuler artistes originaires du monde arabe, d’Iran et d’Afghanistan — ce qui élargit la notion de « culture arabe » en l’inscrivant dans un contexte régional et diasporique.

Sources vérifiables : la presse a suivi l’exposition — Guy Boyer en a rendu compte dans Connaissance des Arts le 14 février 2023 — et le catalogue de l’IMA explicite le parcours chronologique et thématique. Cette documentation permet de saisir la méthodologie curatoriale — sélection d’œuvres récentes, dialogues entre médiums, et insertion de soirées « cartes blanches » confiées à des figures contemporaines.

Insight final — la genèse de l’exposition est une opération de maillage : institutions, revues indépendantes et ateliers techniques se rencontrent pour restituer des pratiques qui, jusque là, circulaient en marge des circuits muséaux institutionnels.

Les formes et stratégies esthétiques — comment l’art invente d’autres récits d’identité

Les pratiques réunies à l’IMA donnent à voir une grande diversité de procédés : tirages, collages, encadrements soignés, papier peint recomposé, installations sonores et vidéos. L’œuvre Sieste, signée Jeanne & Moreau, illustre cette hybridation — tirage photographique finement nuancé, cadrage intime, présence de l’objet encadré qui transforme le regardeur en confident.

Sur le plan formel, plusieurs stratégies reviennent : la mise en scène de l’intimité, la réappropriation d’icônes culturelles, la subversion des motifs décoratifs, et l’emploi d’archives personnelles pour redéfinir des lignées affectives. Ces procédés s’appuient sur une économie des moyens — collages et papiers peints — qui dialogue avec un geste patrimonial de restitution.

Exemples et études de cas

Étude de cas 1 — une série photographique de la diaspora libanaise montre des portraits où les vêtements traditionnels sont recomposés avec des code visuels queer, questionnant l’idée d’authenticité culturellement assignée. L’effet est double : esthétique et politique.

Étude de cas 2 — une installation vidéo d’un artiste afghan reconstruit des scènes familiales où la parole intime devient archive collective. La tactique vise à arracher l’anecdote au secret pour la rendre commune.

Le recours aux artisans et aux laboratoires — Picto pour les tirages, par exemple — souligne que la matérialité de l’œuvre compte autant que son propos. Le soin des supports participe à la dignité des représentations, en particulier lorsque l’œuvre revendique une mémoire marginalisée.

Insight final — les stratégies esthétiques de Habibi montrent que l’esthétique peut être un outil de réécriture sociale : l’œuvre ne prétend pas simplement dénoncer, elle propose des modèles d’identification alternatifs.

Contexte historique et politique — du Printemps arabe aux mobilisations contemporaines

Le Printemps arabe de 2011 constitue une date-clef souvent évoquée dans les cartels et textes de salle. Il a contribué — par la conjonction des mobilisations et de l’usage des réseaux sociaux — à amplifier les revendications en matière de droits et d’expression, y compris pour les communautés LGBTQIA+. Les artistes présents à Habibi s’inscrivent dans cette trajectoire historique, qui va de l’affirmation politique collective à des revendications strictement identitaires.

Le propos politique de l’exposition ne se borne pas à un récit téléologique : il documente des ruptures locales et des continuités transnationales. Les lois pénalisant les actes homosexuels dans plusieurs pays du monde arabe sont rappelées dans les cartels — sans être réduites à un inventaire juridique — pour montrer ce contre quoi les artistes prennent position.

De la dissidence privée à la visibilité publique

Plusieurs œuvres exposées traitent de la tension entre secret et visibilité. Le geste artistique peut être une tactique de protection — anonymisation des sujets, usages du flou — ou au contraire une revendication d’exposition. Cette ambivalence reflète des réalités concrètes : migrations, exils, protections juridiques insuffisantes.

Sur le plan international, l’exposition a reçu des échos qui prolongent le débat sur la responsabilité des institutions culturelles. L’Institut du Monde Arabe, établissement public, assume un positionnement audacieux en montrant ces œuvres — ce choix interroge la mission patrimoniale en lien avec la contemporanéité et la protection des artistes.

Insight final — Habibi met en lumière la période 2011‑2026 comme un temps de basculement progressif : les pratiques artistiques queer contribuent à une cartographie nouvelle des luttes pour l’égalité et la reconnaissance.

Réception, conservation et perspectives muséales — que dit Habibi du patrimoine contemporain ?

La réception critique a été diverse : la presse spécialisée a salué l’audace curatoriale tout en questionnant la capacité des institutions à garantir la sécurité des artistes. Guy Boyer, dans Connaissance des Arts le 14 février 2023, a noté la force des images et la nécessité d’un accompagnement éditorial pour prolonger le débat.

Sur le plan patrimonial, l’exposition pose des questions pratiques — conservation des supports récemment produits, exigences de confidentialité pour les artistes originaires de pays à risque, et articulation entre mémoire privée et collection publique. Les musées doivent désormais penser en termes de « protection matérielle » et de « protection humaine ».

Liste : enjeux concrets pour les musées

  • Archivage des œuvres numériques et des vidéos — formats pérennes et métadonnées.
  • Protection juridique des artistes — contrats, anonymisation si nécessaire.
  • Conservation des tirages photographiques — conditions d’humidité, encadrements adaptés.
  • Médiation sensible — formations pour le personnel sur les questions LGBTQIA+ et culture arabe.
  • Programmation post‑exposition — prêt d’œuvres à d’autres institutions et surveillance des risques pour les artistes.
Élément Détail
Intitulé Habibi, les révolutions de l’amour
Dates 27 septembre 2022 — 19 février 2023
Lieu Institut du Monde Arabe, Paris
Surface 750 m²
Commissaires Élodie Bouffard, Khalid Abdel‑Hadi, Nada Madjoub
Nombre d’artistes Vingt‑trois artistes (tous médiums confondus)

Insight final — Habibi interroge la manière dont le patrimoine contemporain se construit : ici, la visibilité des identités devient un enjeu patrimonial à part entière, et l’institution muséale se transforme en lieu de protection symbolique autant que matérielle.

Blandine Aubertin

Quelles dates et quel lieu pour l’exposition Habibi ?

L’exposition s’est tenue à l’Institut du Monde Arabe du 27 septembre 2022 au 19 février 2023, sur une surface d’environ 750 m².

Qui a commis l’exposition ?

Le commissariat a été assuré par Élodie Bouffard, en collaboration avec Khalid Abdel‑Hadi et Nada Madjoub.

Quels types d’œuvres ont été présentés ?

Photographie, collage, papier peint, installations vidéo et œuvres hybrides — des médiums choisis pour articuler intime et politique.

Pourquoi cette exposition est‑elle importante pour le monde muséal ?

Parce qu’elle interroge la place des identités LGBTQIA+ dans les narrations patrimoniales et oblige les institutions à repenser conservation, sécurité et médiation.

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