En bref
- Ramsès II, qui régna de 1279 à 1213 avant notre ère, demeure une figure centrale de l’Égypte ancienne, autant par ses campagnes militaires que par ses grands programmes de construction.
- L’exposition parisienne Ramsès II et l’or des pharaons, ouverte le 7 avril 2023 à la Grande Halle de La Villette, avait réuni plus de 180 pièces venues d’Égypte, dont le cercueil du souverain.
- Le prétendu trésor légendaire ne se réduit ni à l’or ni aux bijoux : il réside aussi dans les inscriptions, les statues, les outils et les objets funéraires qui restituent une civilisation.
- Les temples d’Abou Simbel, de Louxor et de Karnak constituent une politique d’images, où les hiéroglyphes, la pierre et l’architecture affirment la continuité dynastique.
- L’archéologie contemporaine distingue désormais le monument voulu par Ramsès II de la mémoire qu’il a lui-même soigneusement façonnée.
Ramsès II à La Villette : le cercueil d’un pharaon revenu à Paris
Dans la pénombre de la Grande Halle de La Villette, le bois sombre du cercueil de Ramsès II absorbait la lumière plutôt qu’il ne la renvoyait. Les figures peintes, les lignes de texte et les visages protecteurs semblaient retenir quelque chose de la rive occidentale de Thèbes, où les morts royaux étaient confiés à la pierre, au lin et aux formules funéraires.
Présentée à Paris du 7 avril au 6 septembre 2023, l’exposition Ramsès II et l’or des pharaons ne constitue donc plus, en 2026, un rendez-vous à venir. Elle laisse pourtant un repère utile : celui d’un prêt majeur accordé par les autorités égyptiennes, le cercueil du souverain, montré en France pour la première fois depuis l’exposition Ramsès le Grand, organisée au Grand Palais en 1976.
Ce retour avait une portée particulière. La momie de Ramsès II avait elle aussi séjourné à Paris en 1976, pour recevoir un traitement de conservation au musée de l’Homme, alors menacé par des champignons microscopiques. Le cercueil exposé à La Villette rappelait ainsi que l’histoire d’un objet funéraire ne s’arrête pas à son dépôt dans une tombe : elle comprend les déplacements, les restaurations et les choix de présentation opérés par les institutions.
Le parcours réunissait plus de 180 objets issus notamment des collections du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. Statues, amulettes, bijoux, masques, sarcophages, armes et pièces de mobilier y composaient un ensemble très varié. Cette diversité est essentielle : réduire les pharaons à l’or revient à oublier les gestes ordinaires, les ateliers et les administrations qui ont rendu possible leur représentation monumentale.
Le mot « trésor » mérite d’être précisé. Dans l’Antiquité égyptienne, un trésor royal pouvait désigner des objets précieux entreposés dans les temples, mais aussi les richesses administrées par la couronne : métaux, denrées, tissus, troupeaux, terres et main-d’œuvre. Le trésor légendaire de Ramsès II est donc moins une cache fabuleuse qu’un réseau de matériaux, de savoir-faire et de signes politiques.
Le cercueil de Ramsès II, un objet de culte et de survie
Le cercueil aujourd’hui associé à Ramsès II ne correspond pas nécessairement à l’équipement funéraire conçu lors de sa mort, vers 1213 avant notre ère. La dépouille royale fut déplacée dans l’Antiquité par les prêtres de la XXIe dynastie, lorsque les tombes de la Vallée des Rois subissaient pillages et dégradations. Elle fut finalement cachée avec d’autres souverains dans la cachette de Deir el-Bahari, découverte en 1881.
Ce déplacement éclaire la prudence des prêtres thébains. Ils ne cherchaient pas à produire un récit spectaculaire ; ils tentaient de protéger des corps dont l’intégrité conditionnait le culte. Le cercueil devenait alors un ouvrage de sauvegarde, orné de formules qui maintenaient symboliquement le défunt dans l’ordre cosmique.
Dans Ramsès II, le véritable visage d’un pharaon (Pygmalion, 1996), l’égyptologue Christiane Desroches Noblecourt insistait sur la maîtrise politique du souverain et sur la persistance de son image après sa mort. Le cercueil ne livre pas seulement un portrait de Ramsès II ; il montre comment la royauté entendait traverser le temps par l’écriture et par la matière.
À La Villette, les reconstitutions à l’échelle, les séquences filmées et l’expérience de réalité virtuelle répondaient à un impératif de médiation contemporain. Elles pouvaient rendre sensible la hauteur d’une façade ou l’ordonnance d’un sanctuaire, à condition de ne pas dissoudre les œuvres originales dans le seul spectacle. Face à un fragment patiné, la lecture attentive des hiéroglyphes demeure plus éloquente qu’une animation rapide.
Le cercueil, avec son bois peint et ses pigments encore perceptibles, ramenait précisément à cette matérialité. Il ne racontait pas une Égypte abstraite : il portait les traces d’artisans, de prêtres et de manutentionnaires dont les noms sont souvent perdus. Le souverain prenait corps dans les fibres du bois, dans la couche de préparation blanche et dans le dessin régulier des signes.
Ramsès II et l’Égypte ancienne : un règne construit pour durer
Ramsès II montait sur le trône vers 1279 avant notre ère, dans une Égypte déjà puissamment structurée par la XIXe dynastie. Son père, Séthi Ier, avait consolidé l’autorité royale après les troubles de la fin de la XVIIIe dynastie. Le jeune roi héritait donc d’un appareil militaire, d’une administration et d’un réseau de temples capables de soutenir de vastes chantiers.
Son règne, long d’environ soixante-six ans, fut parfois présenté comme une succession de victoires et de monuments. Cette image provient en grande partie de la cour elle-même. Ramsès II fit graver son nom sur de nombreux ouvrages, achevés ou commencés par ses prédécesseurs, selon une pratique de réappropriation attestée dans l’Égypte pharaonique.
La grande bataille de Qadesh, livrée vers 1274 avant notre ère contre les Hittites de Muwatalli II, en fournit l’exemple le plus connu. Les reliefs des temples de Karnak, Louxor, Abou Simbel et du Ramesseum présentent le souverain seul dans son char, bandant son arc contre une multitude d’adversaires. L’image est construite avec une rigueur graphique : le roi y est plus grand que tous les autres acteurs, conformément aux conventions hiérarchiques de l’art égyptien.
Les archives hittites et l’accord diplomatique conclu quelques années plus tard nuancent ce récit. Le traité de paix entre Ramsès II et Hattousili III, daté généralement de 1259 avant notre ère, fixe une alliance et une assistance mutuelle. L’affrontement n’avait donc pas produit l’anéantissement revendiqué par les inscriptions royales ; il avait débouché sur une négociation entre deux puissances proches en influence.
Hiéroglyphes et propagande royale dans les temples
Les hiéroglyphes ne sont pas de simples ornements. Ils constituent une écriture mêlant signes phonétiques, idéogrammes et déterminatifs, c’est-à-dire des signes qui précisent le champ de sens d’un mot. Sur les parois des temples, ils inscrivent des noms, des formules rituelles, des listes d’offrandes et des récits militaires au plus près des figures divines et royales.
Le nom de Ramsès II, « Ra l’a mis au monde », relie immédiatement le roi au dieu solaire. Ses cartouches — ces ovales allongés qui entourent les noms royaux — étaient répétés sur les statues, les pylônes et les stèles. Une telle répétition produisait un effet de présence : dans chaque sanctuaire, le souverain réaffirmait son rôle d’intermédiaire entre les dieux et le pays.
Abou Simbel demeure le cas le plus manifeste. Creusé dans la falaise nubienne, le grand temple montre quatre colosses assis de Ramsès II, hauts d’environ vingt mètres, encadrant l’entrée. L’intérieur progresse de la lumière du Nil vers l’obscurité du sanctuaire, où le roi est placé parmi les dieux. L’architecture ne cherchait pas seulement à impressionner les voyageurs : elle signalait la domination égyptienne sur une région frontalière stratégique.
Dans Ramsès II (Perrin, 2015), Pierre Grandet rappelle combien le règne se lisait dans la multiplication des inscriptions, des statues et des constructions. Cette politique n’était pas une simple vanité personnelle. Elle répondait à une logique de gouvernement : rendre l’autorité royale visible dans les lieux où se concentraient les prêtres, les fonctionnaires, les soldats et les populations locales.
Les pyramides, souvent associées dans l’imaginaire collectif à tous les pharaons, appartenaient pourtant à un autre moment de l’histoire égyptienne. Les grandes pyramides de Gizeh avaient été élevées plus d’un millénaire avant Ramsès II, sous la IVe dynastie. Au Nouvel Empire, les rois étaient ensevelis dans des tombes creusées dans la roche, tandis que leurs temples funéraires se déployaient dans la plaine thébaine.
Cette distinction aide à regarder les monuments avec davantage de précision. Ramsès II ne fut pas le pharaon des pyramides, mais celui des temples, des colosses et des villes administratives. Sa puissance s’exprimait moins par une forme unique que par une géographie entière de la pierre gravée.
Les temples de Ramsès II : Abou Simbel, Karnak et le Ramesseum
Au matin, les façades de pierre de Thèbes changent de couleur avec une lenteur presque imperceptible. Le grès passe du gris bleuté à l’ocre, puis à une teinte plus chaude lorsque le soleil atteint les reliefs. Cette lumière n’est pas un détail de visite : les bâtisseurs du Nouvel Empire l’avaient intégrée à une architecture fondée sur le passage entre l’extérieur solaire et le sanctuaire réservé au dieu.
Ramsès II fut un commanditaire méthodique. À Karnak, il acheva notamment la grande salle hypostyle commencée sous Séthi Ier. Une salle hypostyle est un espace dont le plafond repose sur une forêt de colonnes ; celle de Karnak en compte 134, dont les douze colonnes centrales culminent à près de vingt et un mètres. Le décor sculpté associe scènes rituelles et récits militaires, dans une densité visuelle qui demeure saisissante.
À Louxor, Ramsès II fit élever un vaste pylône, ces deux tours trapues qui encadrent l’entrée d’un temple égyptien, et installa devant lui des statues colossales. Il y ajouta deux obélisques. L’un est toujours à Louxor ; l’autre fut offert à la France par Méhémet Ali et dressé place de la Concorde à Paris le 25 octobre 1836, sous le règne de Louis-Philippe.
Le Ramesseum, temple funéraire construit sur la rive occidentale du Nil, portait le nom ancien de « Maison des millions d’années d’Ousermaâtrê Setepenrê ». Ce titre désignait la vocation durable du culte royal. Les voyageurs européens du XIXe siècle furent frappés par son colosse effondré, que Percy Bysshe Shelley transforma en figure poétique dans Ozymandias, publié en 1818.
Abou Simbel, un temple déplacé pierre après pierre
Le grand temple d’Abou Simbel fut édifié en Nubie, probablement entre les années 1260 et 1240 avant notre ère. Il associait l’hommage aux dieux Amon, Rê-Horakhty et Ptah à l’exaltation de Ramsès II divinisé. Le petit temple voisin, consacré à Hathor et à la grande épouse royale Néfertari, donnait à cette dernière une visibilité sculptée rare à cette échelle.
Lorsque la construction du haut barrage d’Assouan menaça le site dans les années 1960, l’UNESCO lança une campagne internationale de sauvetage. Entre 1964 et 1968, les deux temples furent découpés en blocs, déplacés puis remontés environ soixante-cinq mètres plus haut et deux cents mètres en retrait du Nil. Cette opération reste un jalon majeur de la conservation architecturale moderne.
Ce sauvetage permet aussi de comprendre ce que signifie restituer un monument. Les temples ne furent pas déplacés comme un objet dans une vitrine : il fallut étudier l’orientation, les volumes, les reliefs, les joints et la topographie. Une colline artificielle fut créée pour restituer la silhouette du promontoire originel. La matière ancienne fut préservée, mais le paysage environnant avait changé.
L’histoire d’Abou Simbel rejoint celle d’autres grands ensembles antiques, dont Persépolis et la mémoire monumentale de l’Iran offrent un utile contrepoint. Dans les deux cas, le relief sculpté met en scène l’autorité, les délégations et l’ordre impérial. Les systèmes politiques diffèrent, mais la pierre sert pareillement à rendre le pouvoir durablement lisible.
Les temples de Ramsès II ne furent jamais des décors isolés. Ils étaient servis par des prêtres, alimentés par des domaines agricoles et intégrés à une économie de redistribution. Les réserves, les ateliers et les processions rituelles formaient autour du sanctuaire une réalité quotidienne, bien plus complexe que la seule façade monumentale.
La grandeur de ces ouvrages tient ainsi à leur double nature : ils sont à la fois des images de souveraineté et des machines cultuelles très concrètes. Derrière chaque colosse se devinent les carriers, les sculpteurs, les scribes et les bateliers qui firent circuler la pierre sur le Nil.
Le trésor légendaire des pharaons : or, objets quotidiens et mémoire funéraire
Un bracelet d’or, une amulette de faïence bleue, une lame de bronze ou un peigne en bois n’occupent pas le même rang dans une vitrine. Pourtant, chacun renseigne une facette de la civilisation égyptienne. L’exposition consacrée à Ramsès II avait le mérite de rapprocher les matériaux précieux et les objets d’usage, au lieu de laisser croire que l’Antiquité royale se réduisait à l’éclat du métal.
L’or occupait une place particulière parce qu’il était associé à la chair des dieux et au soleil. L’Égypte exploitait les ressources aurifères de Nubie et du désert Oriental, tandis que les ateliers du palais et des temples transformaient le métal en bijoux, vases, éléments de mobilier ou feuilles destinées à orner des objets. Sa valeur était religieuse autant qu’économique.
Les bijoux conservés ne doivent pas être regardés comme de simples parures. Un scarabée, une amulette oudjat figurant l’œil protecteur, ou un collier ousekh à larges rangs de perles pouvaient assurer une défense symbolique au vivant comme au mort. La fonction et la matière étaient liées : chaque objet avait une place dans un système de croyances très élaboré.
La faïence égyptienne, malgré son nom, n’est pas une céramique au sens moderne. Il s’agit d’une pâte siliceuse recouverte d’une glaçure colorée, souvent bleue ou verte, dont l’éclat évoquait l’eau, la végétation et le renouveau. Des centaines de petits objets en faïence accompagnent les tombes, preuve que la protection funéraire ne dépendait pas seulement de l’or.
Ce que l’archéologie révèle au-delà des vitrines
L’archéologie ne se borne plus à extraire des pièces remarquables. Elle analyse leur contexte, les traces de fabrication, les dépôts, les remaniements et les circulations. Dans le cas de Ramsès II, cette méthode est décisive : son règne fut si long et son image si souvent réemployée qu’il faut distinguer les œuvres contemporaines de sa vie, les restaurations postérieures et les réappropriations politiques.
La tombe KV7, située dans la Vallée des Rois, fut probablement destinée à Ramsès II. Elle fut cependant très tôt pillée et gravement endommagée par des crues soudaines. Ses couloirs et ses salles témoignent moins d’un trésor intact que de la fragilité matérielle des sépultures royales, même lorsque celles-ci avaient été creusées dans la montagne thébaine.
Les fouilles de la cité de Pi-Ramsès, capitale installée dans le delta oriental, ont également modifié l’image du règne. Cette ville portuaire et militaire, dont le nom signifiait « Maison de Ramsès, aimé d’Amon », était desservie par des bras du Nil aujourd’hui déplacés. Le site rappelle que l’Égypte ramesside ne se résumait pas à la vallée monumentale de Thèbes : le Delta abritait une cour active, tournée vers le Levant.
Les lecteurs intéressés par la manière dont une fouille transforme les récits établis peuvent retrouver un dossier consacré aux grandes découvertes archéologiques et à leurs méthodes. Une trouvaille n’a de valeur historique qu’à la condition d’être décrite, localisée, comparée et publiée. Le contexte, souvent moins séduisant qu’un bijou, est ce qui donne à l’objet sa voix.
| Objet ou lieu | Fonction dans l’Égypte ramesside | Ce qu’il permet de comprendre |
|---|---|---|
| Cercueil royal | Protection rituelle de la dépouille | Les déplacements des momies et le travail des prêtres de la XXIe dynastie |
| Amulette en faïence | Protection du vivant ou du défunt | Les croyances liées au renouveau, à la santé et à l’au-delà |
| Relief de Qadesh | Mise en scène de la puissance royale | La différence entre récit politique et résultat diplomatique |
| Pi-Ramsès | Capitale administrative et militaire | Le rôle du Delta dans les relations avec le Proche-Orient |
Cette attention aux objets modestes change le regard porté sur les pharaons. Le trésor ne désigne plus seulement ce qui brille ; il rassemble les preuves matérielles d’un monde organisé, où l’écriture, les rites et les métiers formaient une même trame. Une petite amulette bleue peut parfois en dire autant sur une croyance qu’une statue colossale.
Ramsès II après Ramsès II : une image façonnée par la mémoire et les musées
Le visage de Ramsès II, tel qu’il est connu aujourd’hui, résulte d’une accumulation de monuments, de récits, de restaurations et d’images modernes. Les statues aux lèvres fermes, les reliefs de chars et la momie aux cheveux encore visibles ont fixé une physionomie de souverain conquérant. Mais cette cohérence apparente est le produit d’une mémoire organisée dès le règne lui-même.
Son fils Mérenptah, qui lui succéda déjà âgé, dut gouverner dans l’ombre d’un règne de plus de six décennies. Les générations suivantes conservèrent le nom de Ramsès II comme une référence dynastique : neuf autres souverains de la XXe dynastie portèrent le nom de Ramsès. Il ne s’agissait pas d’une imitation vide, mais d’une revendication de continuité.
Dans l’Europe du XIXe siècle, le déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion, annoncé le 27 septembre 1822 devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres, transforma la compréhension de l’Égypte. Les textes pouvaient à nouveau être lus. Ramsès II cessait progressivement d’être une silhouette biblique ou exotique pour devenir un roi documenté par ses propres inscriptions.
Cette conquête savante n’effaçait pas les difficultés. Les textes royaux emploient des conventions et une rhétorique qui demandent à être interprétées. Un pharaon qui terrasse ses ennemis n’enregistre pas nécessairement un compte rendu militaire. Il affirme avant tout que l’ordre, la Maât — principe de justice, d’équilibre et de vérité — l’emporte sur le désordre.
Du monument antique au regard contemporain
Les expositions consacrées à l’Égypte ancienne posent une question simple : que regarde-t-on vraiment lorsqu’un objet franchit les portes d’un musée européen ? Un chef-d’œuvre isolé, un fragment de tombe, une archive religieuse, ou le résultat de relations parfois inégales entre pays fouilleurs et pays d’origine ? Le prêt du cercueil de Ramsès II à Paris en 2023 se situait dans un cadre de coopération officielle avec l’Égypte.
Cette circulation contrôlée n’annule pas l’histoire complexe des collections égyptiennes en Europe. Elle invite à examiner les provenances, les conditions de fouille et les modalités de prêt. La présentation d’un objet ancien gagne en précision lorsque son cartel indique non seulement sa datation, mais aussi son lieu de découverte, son matériau, sa fonction et le chemin qui l’a conduit au musée.
Ramsès II occupe une position singulière dans cette réflexion parce que son image est partout. Elle est utilisée dans les manuels scolaires, les romans, les documentaires et les productions audiovisuelles. Cette diffusion entretient l’intérêt pour la civilisation égyptienne, mais elle favorise aussi les raccourcis : les pyramides deviennent son décor naturel, Qadesh une victoire sans nuance, et le pharaon un personnage solitaire.
Les œuvres résistent heureusement à ces simplifications. Une stèle, un linteau ou un cercueil obligent à ralentir. Ils demandent de suivre la ligne d’un hiéroglyphe, de repérer une reprise de sculpture, de comprendre le rôle d’un dieu. Dans un monde saturé d’images rapides, cette attention est peut-être l’héritage le plus fécond de l’archéologie.
La postérité de Ramsès II tient enfin à une réalité très matérielle : la pierre survit, mais elle réclame des soins. À Abou Simbel, à Karnak, à Louxor ou dans les réserves du musée national de la Civilisation égyptienne du Caire, conservateurs et restaurateurs surveillent les sels, l’humidité, les pigments et les fissures. La grandeur royale se mesure alors à l’échelle d’un pinceau, d’un relevé photographique et d’une caisse de transport.
Sur le bois peint du cercueil présenté à Paris, les signes continuaient de dessiner un passage vers l’au-delà. Ce n’était ni une relique muette ni l’accessoire d’une légende : seulement un objet précis, fragile, chargé de dire le nom de Ramsès II à travers plus de trois millénaires.
Quand Ramsès II a-t-il régné sur l’Égypte ?
Ramsès II régna approximativement de 1279 à 1213 avant notre ère, sous la XIXe dynastie du Nouvel Empire. Son règne d’environ soixante-six ans figure parmi les plus longs de l’histoire pharaonique.
Ramsès II a-t-il fait construire les pyramides ?
Non. Les grandes pyramides de Gizeh remontent principalement à la IVe dynastie, plus de mille ans avant Ramsès II. Le souverain ramesside est surtout associé aux temples, aux statues colossales, à Pi-Ramsès et à son tombeau de la Vallée des Rois.
Pourquoi le cercueil de Ramsès II a-t-il été déplacé dans l’Antiquité ?
Les prêtres de la XXIe dynastie déplacèrent plusieurs momies royales afin de les protéger des pillages. Ramsès II fut placé dans la cachette de Deir el-Bahari, découverte en 1881, avec d’autres souverains du Nouvel Empire.
Que raconte la bataille de Qadesh ?
Les reliefs de Ramsès II décrivent une victoire éclatante contre les Hittites. Les sources croisées montrent une issue militaire plus incertaine, suivie d’un traité de paix conclu avec le roi hittite Hattousili III vers 1259 avant notre ère.